Depuis deux ans que je pratique la photo, on m’interroge souvent sur l’existence d’un compte Flickr à mon nom. Comme si, finalement, faire de la photo sans avoir « un Flickr» était impossible ou inconcevable. Quand je réponds par la négative, les gens qui ont de l’à-propos répliquent qu’il est pourtant très intéressant d’avoir un retour sur son travail.
Bien sûr, ils ont raison. À plus forte raison car le désir de plaire, au sens large, est profondément enraciné en moi. Me faire remarquer ou faire réagir les gens avec mes photos flatte nécessairement mon ego. Et pourtant, je ne payerai pas pour poster et partager ma production photographique (combien de p dans cette phrase ?).
La première raison qui me vient à l’esprit, c’est que j’aime tout maîtriser et ne pas être limité. Sur le site de Flickr, on ne maîtrise ni la présentation, ni les formats des images. On est aussi limité par un quota d’utilisation, et il faut payer pour passer en mode « pro» et pouvoir dépasser certaines de ces limitations. J’ai déjà mon propre serveur, sur lequel je n’ai pas vraiment de limite. Puis soyons cohérent, à quoi bon se payer l’achat et l’hébergement d’une machine, et payer pour mettre ses photos ailleurs ?
Il existe un autre frein, moins perceptible par l’utilisateur lambda, mais tout aussi réèl : la licence d’utilisation. Autant que je puisse dire, la licence de Flickr est correcte. On l’a déjà vu plusieurs fois par le passé, et on le reverra sans doute souvent : des sites communautaires et les sites de service s’amusent parfois à changer discrètement leur licence d’utilisation pour s’approprier tout ou partie du contenu posté par les utilisateurs.
La licence d’utilisation de Flickr, qui est en fait celle de l’ensemble des services Yahoo!, me pose quelques problèmes (article 8) :
Pour ce qui concerne le Contenu que vous stockez, transmettez ou mettez en ligne sur les Services en vue de le rendre accessible à des tiers, vous accordez à Yahoo! et aux sociétés du Groupe Yahoo!, pour le monde, un droit non-exclusif et gratuit d’utilisation permettant à Yahoo! et aux sociétés du Groupe Yahoo! de reproduire, publier et diffuser ce Contenu aux fins de fourniture du Service, de sa promotion et de sa distribution, et ce, sur tout support électromagnétique et par tout moyen de communication électronique, sur les sites du Groupe Yahoo! et sur les sites de partenaires ou de tiers. Ce droit est accordé pour la durée pendant laquelle vous déciderez d’inclure le Contenu sur le Service. Vous garantissez à Yahoo! avoir préalablement obtenu les droits nécessaires à cette exploitation et que le contenu est conforme à la loi et ne porte pas atteinte aux droits de tiers.
Cela soulève la question de la confiance. Finalement, ais-je envie de faire confiance à une entreprise étrangère, dont le but premier est la satisfaction de ses actionnaires, pour gérer au mieux mes intérêts ? La réponse est non.
Pour finir, j’ai un peu de mal avec la notion de communauté. Pour moi, toute communauté un peu formelle génère du communautarisme. En être ou ne pas en être, finalement, la question se résume à cela. D’aucuns diront qu’il est toujours agréable d’en être, l’union fait la force, et tout et tout. J’ai un doute. Si Flickr (ou Facebook, MySpace…) crée une communauté, c’est avant tout pour asseoir une position sur un marché. En réalité votre union fait sa force. Plus vous êtes nombreux à y adhérer, plus il devient incontournable.
Alors bien sûr, cela ne rime à rien d’être seul sur un réseau. Je partage mes photos ici-même et sur Café Salé, une communauté (et oui) relativement petite où la photographie n’est pas la discipline centrale. Je tente ainsi d’obtenir quelques retours sur mon travail. Mais il ne faut pas se faire d’illusion, peut être que Flickr a déjà gagné. Débuter dans la photographie en évitant soigneusement les sites incontournables s’apparente souvent à une traversée du désert. Le prix de la liberté, sans doute.
edit : ajout de l’extrait de licence