À corps ouvert

La Sucrière, lieu d'exposition lyonnais (surtout couru pendant la biennale d'art contemporain), reçoit jusqu'au 3 août 2008 Our Body, À corps ouvert. Cette exposition anatomique présente des corps humains conservés par traitements chimiques et bains de polymères (formol, acétone... que des bonnes choses). Les corps sont répartis (qui a dit "éparpillés" ?) dans six salles. Certains sont entiers, plus ou moins écorchés, et mis en situation : sur un vélo, avec un arc, en joueur d'échec. D'autres sont présents sous la forme de fragments enfermés dans des vitrines thématiques dont certaines rappellent étrangement des vitrines de boucher. Pour finir, certains spécimens sont découpés en tranches, aussi fines que la charcuterie lyonnaise : un à deux centimètres d'épaisseur.

Je passe sur les préoccupations éthiques de base, que beaucoup ont déjà très justement exprimées. En dehors du spectacle, plutôt moyen au demeurant, je remarque surtout l'aspect financier de l'opération. Les promoteurs ont invoqué la nécessité de partager le savoir, de rendre accessible à tout le monde ce que seuls nos cher(e)s étudiant(e)s en médecine touchent du doigt. Blah blah blah. Le battage médiatique surfant sur le sensationnalisme, le tarif dissuasif de cette exposition (15€50), et les 5€ supplémentaires à débourser pour un audioguide : tout concourt à invalider la thèse du partage du savoir.

Pour le tarif d'un couple avec un audioguide (36€) vous avez à portée de bourse un large éventail de bouquins d'anatomie à lire et relire en famille au coin du feu. Et en prime, vous n'encouragerez pas les obscures filières d'approvisionnement en macchabés de l'industrie de spectacle.

Mise à jour du 21 avril 2009 : finalement, la justice française a tranché, et l'exposition doit fermer sous 24 heures. Bien sûr, les organisateurs font appel, mais il est assez remarquable que la justice ait décidé d'aller dans le sens de la fermeture de cette exposition. De plus, les corps doivent être placés sous séquestre "aux fins de rechercher avec les autorités publiques françaises compétentes une solution conforme au droit de l'inhumation".

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.