Left handed / 扉のむこう

Le japon moderne est aussi connu pour sa gastronomie que pour ses phénomènes socio-culturels. Si l'occidental un peu geek a déjà entendu parlé des otaku, le phénomène pathologique des hikikomori est bien moins connu. Les hikikomori sont souvent des jeunes garçons qui commencent par abandonner leur scolarité. Le phénomène se caractérise par une réclusion volontaire, un enfermement total qui peut durer plusieurs années.
Left handed est une sorte de docu-fiction qui présente l'hikikomori, autant pour le public japonais que pour le public international. Le mélange des genres n'est pas forcément évident à distinguer, mais le casting ne laisse aucune ambiguïté. Seul le personnage de la mère est interprété par une actrice (de theatre). Les autres rôles sont tenus par des amateurs, par d'anciens hikikomori, et le psychologue joue même son propre rôle sous son vrai nom.

left-handed_hiroshiback

Left handed est un film sensible, sur un problème d'autant plus douloureux qu'il est difficile pour des japonais d'accepter de se faire aider. Le poids du regard des autres est important, et la honte empêche trop souvent les parents de trouver de l'aide auprès de spécialistes.
Je pense que c'est un film à voir si vous en avez l'occasion, et si le problème vous intéresse. Si vous cherchez de l'action, où même une simple distraction, passez votre chemin :).

De l’émotion et du rire (plein)

Si vous ne l'avez pas vu, c'est probablement trop tard : le très bon film Departures (Okuribito) ne passe plus que dans un nombre de salles ridicule. Mais si vous avez la chance s'habiter dans une ville où les distributeurs/programmateurs ne sont pas trop frileux (ou que les fauteuils des petites salles indépendantes ne sont pas contre-indiqués par votre kiné) précipitez-vous pour voir ce petit chef-d'œuvre japonais.

departures

Là-Haut, le dernier Pixar est plus facile à trouver en salle. Il vous apportera lui aussi son lot d'émotion, mais avec beaucoup de rire en prime. Je me suis vraiment régalé et certains gags sont maintenant ancrés dans mon cerveau pour un bon bout de temps (Squirrel!). J'en ris encore.

la haut © Disney-Pixar

Pour finir, un film tout aussi bon-enfant, sensiblement plus potache et probablement moins grand (jeune) public que Là-Haut : Lascars. Ce n'est pas du grand art, mais on s'amuse bien, et surtout c'est très rythmé. On ne voit pas le temps passer.

lascars, © bacfilms

les illustrations sont sous © de leurs divers ayants droit.

Japon : le pays des rendez-vous manqués

Un voyage au Japon est une chose qui ne devrait pas s'envisager aussi simplement qu'un voyage aux États Unis (par exemple). On a beau se retrouver dans un pays très développé, sensiblement occidentalisé, on n'est pas moins dans un autre monde. Si il est relativement aisé de se faire, au moins en surface, à la culture nipponne, il est hors de question d'apprendre le japonais du jour au lendemain, pour un simple voyage touristique.
L'impossibilité de communiquer correctement, voire de communiquer tout court, a généré d'énormes frustrations lors de notre séjour au Japon.
Nous avons notamment eu un mal fou à nous restaurer. Quand on ne mange aucun produit de la mer, qu'on ne parle pas le japonais, et que personne dans le restaurant ne parle anglais, on se retrouve rapidement à écumer les Seven-Eleven à la recherche de Cup Noodles. Trouver son chemin en ville n'est pas tout à fait évident non plus. Dans certains cas, malgré une indéfectible bonne volonté, les policiers de quartier n'ont pas pu nous aider. Il nous est arrivé de faire 30 minutes de métro et autant de marche à pied pour finalement ne jamais trouver le restaurant que nous cherchions. Les japonais sont très serviables, mais la barrière de la langue peut ruiner les meilleures intentions.

cerisier du japon

Cela dit, ma frustration n'est pas que logistique. Au Japon, j'aurais voulu rencontrer des gens. Traîner dans des clubs de Jazz, comme les héros de H. Murakami, échanger quelques phrases dans un anglais bancal avec des gars ou des minettes autour d'une bière, profiter de mon statut de gaijin pour faire irruption dans leur vie avec mes gros sabots d'étranger malpoli, et peut être découvrir quelque chose sur eux, sur moi. J'aurais voulu prendre des photos personnelles, intimes. Pas ces photos convenues sur la quelle le sujet fixe l'objectif en faisant un V avec ses doigts.
Alors oui, je ferai mieux la prochaine fois. Mais au prix du voyage, ça fait quand même réfléchir. Et pour qu'un nouveau séjour nippon ne soit pas un nouveau rendez-vous manqué, il faudra que je trouve un ou une japonaise sur place qui pourra me présenter son pays, son peuple.

Les URL sont-elles mortes ?

Les gens comme moi, qui utilisent internet depuis dix ans ou plus, savent en général assez bien se débrouiller avec une URL. Quoi ? il y aurait des gens qui ne savent pas utiliser une URL ? Oui, plein.
Il y a en effet une partie assez importante de la population des utilisateurs quotidiens d'internet qui est incapable d'exploiter réellement une URL. Pour ces gens, les enchaînements de http, de slash, de points, de www ou de pas www sont tout simplement incompréhensibles, trop complexes. Ma génération, comme celle qui la précède, pensait que les jeunes naissant dans un monde connecté, avec un chauffe biberon USB pour nourrice, deviendraient des super-pro des réseaux. En réalité il faut bien se rendre à l'évidence : on en est loin, et on n'en prend même pas la direction.
La volonté de se simplifier la vie, et de masquer la complication aux utilisateurs est un aspect important du développement de nos sociétés. Autrefois, pour accéder à un site web, il fallait connaître son adresse. Maintenant, les moteurs de recherche vous évitent cette peine.
Il y a quelques temps, j'ai eu l'occasion de donner quelques cours de TICE en première année de licence (bac+1 donc). J'ai pu me livrer à quelques expériences qui parlent d'elles-même, jugez plutôt.
La première expérience est absolument navrante : dites à ces chères têtes blondes d'aller sur le site d'une grosse entreprise française comme par exemple TF1 (je ne les aime pas, mais l'exemple est probant). 100% des étudiants qui sont parvenus à ouvrir une fenêtre de navigateur tapent simplement "TF1" dans le moteur de recherche par défaut. Ensuite, dans la majorité des cas ils attrapent leur souris, et cliquent sur le premier lien dans les résultats de recherche. À aucun moment il ne leur viendra à l'esprit de saisir directement "tf1.fr" dans la barre d'adresse de leur navigateur. Comme si taper quelque chose dans ce champs était tabou, interdit, sale.
Alors pour les obliger un peu à s'approprier l'URL d'un document, j'ai fait un second test : j'ai envoyé à l'ensemble de mon groupe un email avec une URL suffisamment longue pour être sûr qu'elle soit coupée dans l'affichage de leur webmail. Je les ai ensuite mis au défi d'afficher le document. Le plus rapide a mis une bonne poignée de minutes à afficher pont_1.jpg. Bien qu'ayant déjà revu mes exigences à la baisse j'ai poursuivi l'exercice en leur demandant d'essayer de tirer quelque chose de l'URL fonctionnelle qu'ils avaient reconstituée. Il s'agissait de faire preuve d'un peu de curiosité et de remplacer "pont_1.jpg" par "pont_2.jpg". Insurmontable, sauf pour 2 ou 3 étudiants sur 24. C'est pathétique, mais c'est de cela qu'est fait notre monde.
Rien n'encourage les utilisateurs à s'intéresser aux adresses des documents qu'ils téléchargent. Notamment, les navigateurs s'ouvrent presque tous par défaut sur un moteur de recherche. Le Japon est intéressant à cet égard, car il est dans une position privilégiée pour accélérer la disparition des URL au profit des mots clés de recherche. Pour commencer, l'implémentation d'un système mondial de DNS au format international n'est pas encore pour demain, donc l'internaute japonais doit se frotter à des URL écrites en alphabet latin. Si http://www.monsite.com/ a un peu de sens pour nous, pour le nippon moyen c'est bien moins évident. Ensuite, les japonais sont très nombreux à surfer sur des équipements mobiles, en général leur téléphone portable.
www.patpro.net au format QR Si vous avez déjà tenté de taper une URL dans le navigateur d'un téléphone, vous savez à quel point c'est pénible. Il est évident, dans ce contexte, qu'un mot clé tapé dans sa langue maternelle, ou une image Datamatrix ou QR capturée via l'appareil photo de votre téléphone, remplacent avantageusement une URL interminable. Ainsi, au Japon, vous ne voyez plus d'URL sur les publicités, mais uniquement des propositions de mots clés à taper dans votre moteur de recherche par défaut, ou des images codées à scanner avec votre téléphone. Le mot clé est bien plus facile à mémoriser qu'une adresse de site web, et l'image codée peut être photographiée immédiatement par votre téléphone.
Cette évolution va forcément gagner le reste du monde, ne serait-ce qu'à cause des impératifs de la navigation sur téléphone. Pour les abonnés historiques d'AOL ce remplacement des URL par des mots clés a un petit goût de déjà-vu. Quant aux utilisateurs de navigateurs récents comme Safari 4, ils peuvent déjà mesurer la manière dont Apple met les URL en retrait par rapport au contenu, comme sur cette capture d'écran montrant le fonctionnement de la barre d'adresse de Safari/419.3 (2.x) en haut et de Safari/530.17 (4.0) en bas.

capture de la barre d'adresse de safari 2 et de safari 4

Au Japon

Au Japon est un blog consacré au Japon et à la culture japonaise sous toutes ses formes. Kasuteru y aborde ses voyages et ses rencontres culinaires. Il y parle aussi de culture pop nippone (manga, vidéo, musique), de bouquins thématiques, de photo… en sautant allègrement du coq à l'âne.
Si vous aimez le pays du soleil levant, ou que vous êtes simplement curieux, allez élargir votre horizon au Japon !

Le Japon : un pays différent

C'est une tarte à la crème, oui, le Japon est un pays différent de la France, différent même de tout ce que l'occident peut proposer. Il faudrait des livres entiers pour être exhaustif, mais ce n'est pas mon but ici. Voici juste une pincée anecdotique de petits détails qui m'ont marqués.
L'équivalent nippon de notre TGV s'appelle le Shinkansen, il est surtout connu en occident pour son profil très aérodynamique, et sa couleur souvent blanche. Ce que l'on sait moins à son sujet, c'est qu'à l'intérieur toutes les rangées de sièges peuvent être retournées à l'aide d'une pédale, pour faire face ou tourner le dos au sens de la marche. Ainsi, par défaut, tout le monde est assis dans le "bon" sens, car aux terminus, les personnels d'entretien font pivoter toutes les rangées. Cela n'explique par contre pas, pourquoi, de manière imprévisible, le train a des sortes de hoquets qui bousculent le voyageur vers l'avant, comme un léger coup de frein, parfois de très nombreuses fois pendant le trajet.
Le japon est un pays vertical. Comme on y manque de place, on empile tout ce qui peut l'être. Dans des villes comme Osaka ou Tokyo, il est presque systématique que le moindre escalier ou ascenseur mène à cinq ou six établissements différents : restaurant, pub, karaoké, salon de massage, magasin… Pas étonnant alors que les enseignes lumineuses couvrent des facades entières, chaque étage a la sienne.
Les ascenseurs, à Tokyo surtout, sont assassins. Comprenez par là que peu sont équipés de détecteurs de présence entre les portes. Je me suis fait littéralement coupé en deux, avec une violence rare, par quelques ascenseurs japonais, faute d'avoir sauté assez vite dans, ou hors de, l'habitacle de l'appareil. Ça fait vraiment mal.
Les japonais n'aiment pas trop qu'on sache quel livre ils sont en train de lire. Ainsi, quand vous achetez un livre au Japon, on vous donne avec un "book cover". Une feuille de papier découpée et pliée pour recouvrir votre nouvelle acquisition. Ces couvertures reprennent souvent le nom du magasin, mais certaines sont plus élégantes, plus raffinées que d'autres. Il arrive donc que l'on choisisse telle ou telle librairie car elle distribue de plus belles couvertures que les concurrentes.

Cinq raisons d’aller au cinéma

Je vous propose une petite brochette de films variés, avec un polar dans les marais de Louisiane, un film d'animation délirant, un poids lourd de la science fiction, un documentaire sur la vie sexuelle d'une potache, et une histoire de famille japonaise.

Still Walking, photo sous (c) utilisée à titre d'illustrationHirokazu Koreeda est probablement un nom qui ne vous dit pas grand chose. Pourtant vous avez peut être vu ce film superbe : Nobody Knows. Ce film était une claque monumentale.
Hirokazu Koreeda revient avec Still Walking, un film intimiste plein d'amour et de venin. Il y raconte les retrouvailles annuelles d'une famille pour la célébration de la mémoire d'un fils décédé. Ce film sympathique n'a cependant pas la force ni l'impact de Nobody Knows, si bien que les âmes sensibles peuvent aller le voir en toute quiétude.

Toute l'histoire de mes échecs sexuels est un documentaire, assez confus, de Chris Waitt sur sa propre vie sexuelle et sur le fiasco de ses relations amoureuses. On y apprend par le menu comment il a raté chaque relation. C'est drôle et pathétique à la fois. Drôle parce que "ça balance" vraiment. Pour Chris c'est clairement une expérience sadomasochiste au niveau sentimental comme au niveau physique. Pathétique parce que c'est du voyeurisme, du "ciné-réalité" comme on pouvait croire que seule la télé oserait en produire. Ça ne vaut pas une place à 9 euros, mais si vous avez une carte de cinéma illimité ou de tarif réduit, profitez-en.

Grand fan de SF, je ne pouvais pas rater la sortie du Star Trek de J.J. Abrams. Le casting est parfait, le scénario est bien équilibré, et les effets spéciaux sont réussis. Je trouve juste un peu dommage que l'histoire ne soit pas plus palpitante. Mais ce film reste une belle réussite, et il n'est nullement besoin d'être fan de Star Trek pour apprécier.

Uhura, Star Trek, photo sous (c) utilisée à titre d'illustration

Restons dans la SF avec Monstres contres Aliens, la dernière production en images de synthèse des studios DreamWorks. C'est le film familial de la bande. Vous pouvez y traîner vos bambins, si ils sont en age de voir Shrek ou Madagascar, alors ils peuvent voir Monstres contre Aliens. Ne ratez surtout pas le passage où le Président joue du clavier. Au risque de vous gâcher complètement la surprise, vous pouvez toujours aller le voir sur Youtube, mais la qualité est mauvaise, et pris hors contexte c'est beaucoup moins drôle.

Pour clore ce chapitre cinématographique, rien de tel qu'un bon polar. Dans la brume électrique nous entraîne dans les marais de Louisiane, en compagnie d'un Tommy Lee Jones plus hanté que jamais. Le film est servi par un scénario plus compliqué qu'il n'y paraît, et par de très bonnes performances d'acteur. Pour son premier film aux États Unis, Bertrand Tavernier réussit un assez beau coup !

Le Japon : un pays de mal-bouffe ?

Dans nos esprits, la gastronomie japonaise est toujours associée au poisson frais, à la nourriture saine, et à un art de vivre millénaire propice à la prolifération des centenaires.
Je suis certes un cas un peu à part, puisque je ne mange pas de poisson (ni de crustacés, ni de poulpes, ni de méduses, etc.). Mais cette excentricité n'explique pas à elle seule que j'ai pu perdre 4 ou 5 kg en 15 jours.
Quand on pose le pied à Tokyo, on constate rapidement que l'image d'Épinal du restaurant à sushi un peu hype aux vertus diététiques est assez éloignée de la réalité nippone. Environ 9700 km, si vous aimez les chiffres, et que vous vivez en France.
Les rues de Tokyo, d'Osaka ou de Kyoto sont pleines de petits restaurants dont émanent des odeurs de friture dès 9 ou 10h du matin et jusqu'à tard dans la nuit. On trouve, en exagérant à peine, un restaurant tous les dix mètres, chacun essayant d'attirer la clientèle par des vitrines d'assiettes garnies en résine.

assiettes, photo (c) sophie

Pendant ce séjour, j'ai été surpris de constater que les japonais mangent à toute heure. Ils mangent aussi énormément d'aliments frits : le mythe de la nourriture saine en prend un sérieux coup.
La lente américanisation (mondialisation ?) de la culture japonaise a aussi fait émerger des établissements comme les Dunkin' Donuts et autres dérivés, qui proposent essentiellement de la junk-food grasse et relativement insipide. Je vous recommande de les éviter, sauf si vous êtes fans de petits-déjeuners au fast-food. La seule chaîne ayant trouvé grâce à nos yeux est UCC Café Plaza. Nous y avons dévoré avec grand plaisir des gaufres aux fruits, à Kyoto et Tokyo. De quoi partir du bon pied pour une journée de divagations touristiques.
Étrangement, pour un pays qui a une telle réputation de gastronomie équilibrée et saine, on trouve partout une profusion inquiétante de pilules, boisons et autres infusions aux propriétés drainantes ou carrément amaigrissantes. Ces prétendus remèdes anti-graisse se proposent d'affiner la silhouette et d'évacuer l'embonpoint. Faut-il y voir la fin d'une époque ? Le japon a-t-il mis le pied dans l'ère de l'obésité ?