De l’émotion et du rire (plein)

Si vous ne l'avez pas vu, c'est probablement trop tard : le très bon film Departures (Okuribito) ne passe plus que dans un nombre de salles ridicule. Mais si vous avez la chance s'habiter dans une ville où les distributeurs/programmateurs ne sont pas trop frileux (ou que les fauteuils des petites salles indépendantes ne sont pas contre-indiqués par votre kiné) précipitez-vous pour voir ce petit chef-d'œuvre japonais.

departures

Là-Haut, le dernier Pixar est plus facile à trouver en salle. Il vous apportera lui aussi son lot d'émotion, mais avec beaucoup de rire en prime. Je me suis vraiment régalé et certains gags sont maintenant ancrés dans mon cerveau pour un bon bout de temps (Squirrel!). J'en ris encore.

la haut © Disney-Pixar

Pour finir, un film tout aussi bon-enfant, sensiblement plus potache et probablement moins grand (jeune) public que Là-Haut : Lascars. Ce n'est pas du grand art, mais on s'amuse bien, et surtout c'est très rythmé. On ne voit pas le temps passer.

lascars, © bacfilms

les illustrations sont sous © de leurs divers ayants droit.

Cinq raisons d’aller au cinéma

Je vous propose une petite brochette de films variés, avec un polar dans les marais de Louisiane, un film d'animation délirant, un poids lourd de la science fiction, un documentaire sur la vie sexuelle d'une potache, et une histoire de famille japonaise.

Still Walking, photo sous (c) utilisée à titre d'illustrationHirokazu Koreeda est probablement un nom qui ne vous dit pas grand chose. Pourtant vous avez peut être vu ce film superbe : Nobody Knows. Ce film était une claque monumentale.
Hirokazu Koreeda revient avec Still Walking, un film intimiste plein d'amour et de venin. Il y raconte les retrouvailles annuelles d'une famille pour la célébration de la mémoire d'un fils décédé. Ce film sympathique n'a cependant pas la force ni l'impact de Nobody Knows, si bien que les âmes sensibles peuvent aller le voir en toute quiétude.

Toute l'histoire de mes échecs sexuels est un documentaire, assez confus, de Chris Waitt sur sa propre vie sexuelle et sur le fiasco de ses relations amoureuses. On y apprend par le menu comment il a raté chaque relation. C'est drôle et pathétique à la fois. Drôle parce que "ça balance" vraiment. Pour Chris c'est clairement une expérience sadomasochiste au niveau sentimental comme au niveau physique. Pathétique parce que c'est du voyeurisme, du "ciné-réalité" comme on pouvait croire que seule la télé oserait en produire. Ça ne vaut pas une place à 9 euros, mais si vous avez une carte de cinéma illimité ou de tarif réduit, profitez-en.

Grand fan de SF, je ne pouvais pas rater la sortie du Star Trek de J.J. Abrams. Le casting est parfait, le scénario est bien équilibré, et les effets spéciaux sont réussis. Je trouve juste un peu dommage que l'histoire ne soit pas plus palpitante. Mais ce film reste une belle réussite, et il n'est nullement besoin d'être fan de Star Trek pour apprécier.

Uhura, Star Trek, photo sous (c) utilisée à titre d'illustration

Restons dans la SF avec Monstres contres Aliens, la dernière production en images de synthèse des studios DreamWorks. C'est le film familial de la bande. Vous pouvez y traîner vos bambins, si ils sont en age de voir Shrek ou Madagascar, alors ils peuvent voir Monstres contre Aliens. Ne ratez surtout pas le passage où le Président joue du clavier. Au risque de vous gâcher complètement la surprise, vous pouvez toujours aller le voir sur Youtube, mais la qualité est mauvaise, et pris hors contexte c'est beaucoup moins drôle.

Pour clore ce chapitre cinématographique, rien de tel qu'un bon polar. Dans la brume électrique nous entraîne dans les marais de Louisiane, en compagnie d'un Tommy Lee Jones plus hanté que jamais. Le film est servi par un scénario plus compliqué qu'il n'y paraît, et par de très bonnes performances d'acteur. Pour son premier film aux États Unis, Bertrand Tavernier réussit un assez beau coup !

Gake no ue no Ponyo

Ponyo ! Comme chaque fois que je regarde un nouveau film de Miyazaki, je suis incapable d'argumenter sérieusement pendant quelques jours. Les superlatifs me viennent à l'esprit par paquets, mais aucune phrase construite n'en sort.

ponyo (c) studio ghibli

Donc pour faire court : j'ai adoré. C'est bon, c'est sensible, c'est adorable. Allez le voir, et ne manquez surtout pas de faire un tour sur youtube pour infecter vos vulnérables neurones avec la chanson du film. L'air est entêtant au possible, et la gamine est absolument adorable. J'ai déjà contaminé mes collègues, parmi lesquels je ne doute pas qu'il y en a une ou deux qui vont bosser la chorégraphie (salut les filles ;) ).
Pour ceux qui voudraient apprendre les paroles, ou simplement avoir un aperçu sur la génèse de cette bande originale à succès, je pense qu'il est tout indiqué de se précipiter vers cet article : Gake no ue no Ponyo-Theme Song.

Po-nyo, Po-nyo, Ponyo sakana no ko...

note : illustration (c) studio ghibli

The Day the Earth Stood Still

La prise de conscience actuelle, et presque convenue, c'est que l'écosystème de notre monde va mal. C'est en quelque sorte notre combat contre les erreurs du passé, c'est notre "après guerre" à nous. Nos grands parents, eux, ont eu un vrai "après guerre". Ils se sont réveillés dans un monde où l'humanité s'était souillée elle-même à coup de chambres à gaz et de bombes atomiques. Nous, nous avons notre couche d'ozone, nos vaches folles, nos fuites radioactives, nos voitures et notre dérèglement climatique.
Il n'est donc pas très étonnant de voir fleurir moults films dans des mouvances plus ou moins écolo. Par exemple, dans Phénomènes de N. Shyamalan, la nature se rebiffe contre l'Homme et tente de l'éliminer. Les enfants aussi sont visés par ce marketing de la nature comme avec Mia et le Migou, très joli film d'animation dont le seul gros défaut est la présence de Dany Boon (allez le voir quand même).
Affiche du film © 1951 20th Century FoxLe dernier en date, c'est Le jour où la terre s'arrêta. Fable de science fiction, ce film ne cherche donc ni la crédibilité, ni la finesse. Un extraterrestre débarque dans un inquiétant vaisseau, et alors qu'il veut délivrer un message à l'humanité toute entière, les américains (encore eux) lui tirent dessus, essayent de le garder prisonnier, le pourchassent, essayent de détruire son robot protecteur, etc. etc.
L'Homme est dans l'erreur, il doit s'assagir si il veut survivre, ou il sera détruit pour préserver la biodiversité de sa magnifique planète. Tel est le message de Klaatu l'extraterrestre.
Ce qui est intéressant c'est de voir comment le message du film original a été re-contextualisé pour nous. La version avec Keanu Reeves est une adaptation du film homonyme de 1951. Dans l'original, le message était non pas écologique dans un monde pollué, mais non-violent dans un monde d'après guerre. Enfin, non-violent façon Amérique des années 50. Faudrait pas virer communiste non plus hein. Ce vieux film véhicule d'ailleurs l'idée un peu dérangeante que pour vivre en paix on doit déléguer les pleins pouvoirs à des entités policières invincibles (les fameux robots de protection). Il n'y a qu'un pas à franchir pour que le message de repentir post-hiroshima se transforme en propagande pour la domination du monde par les USA (qui arborent depuis la seconde guerre mondiale un uniforme de gendarme du monde).
J'ai modérément apprécié la version 2008 de Le jour où la terre s'arrêta, ce film est lisse comme Keanu Reeves, aucune émotion de passe, on n'a jamais peur pour les protagonistes, et si les images sont de qualité satisfaisante, le film reste assez fade.
Par contre, les réactions d'un petit groupe derrière moi m'ont bien plus amusées. Les pauvres n'avaient pas l'air de bien savoir ce qu'il étaient venus voir, et ont été forts déçus. Quand on paye sa place entre 7 et 10 euros, la moindre des choses c'est de se renseigner un peu. Et que j'en ai marre des messages écolo, et qui ils sont eux pour me faire la morale, et patati, et patata, ad lib.
Et celle-ci qui se moquait du film en sortant : "haha, mais c'est trop nul, le robot il a un vieux design des années 80.". Pauvre blonde. Dans un hommage évident pour le film original le robot faisait terriblement années 50 ! Et pas la peine d'être né avant les années 80 pour s'en apercevoir. D'ailleurs à part la taille les deux versions du robot sont très similaires.
Bref, tous ces films sont probablement dans le vrai, il est urgent d'éduquer les gens. Mais j'ai l'impression qu'avant de leur inculquer les bases de l'écologie, il faudrait leur apprendre à lire.

The brøken

Affiche du film The BrokenL'Angleterre est pleine de surprises. Ce pays nous a donné Margaret Thatcher, Benny Hill, et James Bond. Au moins pour ce dernier, on ne peut pas leur en vouloir.
Sean Ellis ne déroge pas à la règle. En 2004 il écrit et réalise Cashback, un court métrage de 18 minutes qui deviendra en 2006 un très sympathique film d'une heure quarante. Ce petit bijou poético-romantique, dopé au fantastique et à l'humour potache anglais nous avait surpris et charmés. En 2008 Ellis revient avec un second long métrage : The Brøken (ou The Broken pour les américains qui n'ont pas un vrai clavier). N'allez pas voir ce film pour prendre votre bouffée d'humour anglais ou de poésie romantique, non.
Première surprise, c'est un vrai bon film d'horreur. Je ne parle pas ici d'horreur gore, comme [Rec], Saw I/II/…, je parle d'un film d'horreur à 95% psychologique. À ce sujet d'ailleurs, il est important d'ouvrir une petite parenthèse : The Brøken est classé "Accord Parental indispensable - Ce film peut heurter la sensibilité des plus jeunes". C'est pour le moins insuffisant ! Un bon "Interdit au moins de 12 ans" me semble indispensable.
Seconde surprise : c'est un film très efficace. Même si on voit les choses venir, on est maintenu dans l'appréhension en permanence, et on sursaute le moment venu. Les acteurs sont plutôt bons. On retrouve d'ailleurs Richard Jenkins dans un rôle secondaire (The Visitor, et Burn After Reading qu'il me tarde d'aller voir). Seul petit bémol, Lena Headey surjoue un peu dans la scène finale. C'est dommage, mais le film n'y perd rien.
Troisième surprise : The Brøken se distingue franchement de Mirrors, et si ces deux films ont en commun une partie de leur thématique, les traitements diffèrent. Sean Ellis n'a pas l'ambition du grand spectacle hollywoodien, ni sans doute le budget qui va avec. Son film est donc plus intimiste et plus subtil.
Petite anecdote : on trouve dans The Brøken une mention du syndrome de Capgras, dont les symptômes ont déjà été utilisés en cinéma et en littérature[1] à des fins plus ou moins fantastiques.
Bref, allez voir ce film. Et si vous ne l'avez pas vu, allez aussi voir Cashback, de préférence après The Brøken, pour finir sur une note joyeuse.

[1] La Chambre aux échos de Richard Powers, Corps étrangers de Neil Gaiman (in Miroirs et fumées)

J’irai dormir à Hollywood

Affiche du film J'irai dormir à hollywoodAprès nous avoir enthousiasmé avec la série de petits sujets télévisés J'irai dormir chez vous, Antoine de Maximy nous propose un road trip d'une heure quarante au pays de l'oncle Sam. J'irai dormir à Hollywood est plus qu'une version longue d'un de ses épisodes télé. La teneur même du projet est différente. Dans la version télévisée, Antoine de Maximy se donne le défi de chaque fois parvenir à se faire héberger chez l'habitant du pays où il se trouve. C'est bien sûr l'occasion de faire de belles ou drôles de rencontres, mais on sait presque toujours comment cela va finir.
La version hollywoodienne est une aventure de trois mois, pendant les quels Antoine de Maximy descend de New York vers la Floride, longe la Louisiane, et rejoint la côte est en remontant vers Los Angeles. En théorie, notre voyageur doit parvenir à se faire héberger par une Star, à Hollywood. C'est donc une vraie vision du rêve américain qui anime ce road trip solitaire. Mais plus qu'un but, c'est un prétexte. Un prétexte pour traverser l'Amérique et rencontrer les gens, quels qu'ils soient, qui y vivent. Et des rencontres, il en fait, soyez en sûr. Certaines sont tristes, d'autres joyeuses, d'autres encore effrayantes.
Il n'est pas nécessaire d'être un fan de l'émission télé pour apprécier ce documentaire. Si vous aimez les rapports humains, les belles rencontres, ou les rencontres loufoques, foncez. C'est vraiment un film tout à fait sympathique.
Pendant que vous serez au cinéma, prenez aussi une place pour voir The Visitor. C'est une fiction, mais elle aussi centrée sur la rencontre et les rapports humains.

Trois voyages à Tokyo

Affiche de Tokyo!J'aime les cours métrages. C'est bien les courts métrages. On n'a pas trop le temps de s'ennuyer même si c'est mauvais, et il y en a toujours plusieurs qui se suivent.
En plus, quand on apprécie les auteurs ou réalisateurs, c'est encore mieux. Pour finir, c'est carrément l'apothéose si on est embalé par la thématique.
C'est donc dans un état d'esprit particulièrement nippophile, cinéphile, et enthousiaste que j'ai vu Tokyo!, un ensemble de trois courts métrages de, respectivement et dans l'ordre d'apparition, Michel Gondry, Leos Carax et Joon-ho Bong.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu ! Interior Design est une belle tranche de vie japonaise, transformée par les yeux de Gondry en fable fantastique. C'est surprenant et c'est bon. C'est du Gondry comme on l'aime.
Le Merde de Carax joue dans un tout autre registre sur la provocation et le crasseux. Carax a beau placer dès qu'il le peut une jolie fille dans le cadre, cela ne suffit pas à sauver la seconde moitié de son film de la lourdeur et de la longueur. La première moitié et la toute fin restent cependant appréciables.
Joon-ho Bong clos cette trilogie tokyoïte par une belle histoire poétique : Shaking Tokyo. L'auteur-réalisateur de The Host, et de Memories of Murder nous livre ici une courte romance atypique, reposante, et introspective. Pour ne rien gâcher, le directeur de la photographie a fait un très bon travail, et les belles images sont au rendez-vous. Pour un peu, le joli minois de Yû Aoi nous ferait oublier sa maigreur.

Courrez le(s) voir, vous n'avez plus d'excuse.

Phénomènes, quand hollywood se fout de ma gueule

Inutile d'en faire des tonnes, on comprend dès le titre que le dernier film de Shyamalan ne m'a pas vraiment plu. Tout d'abord, comme la plupart des films de cet auteur-réalisateur, Phénomènes (The Happening) est un film jetable. On le voit une fois, puis c'est fini. Ce n'est pas le genre de film qu'on souhaite avoir dans sa vidéothèque. Ensuite, l'acteur principal a autant de charisme qu'une brique, et son jeu est assez plat. Il doit exceller dans les rôles de sergent. Pour finir, le scénario enchaîne les clichés et les poncifs. Pas assez vite, heureusement, pour qu'on s'ennuie vraiment, mais suffisamment pour qu'on s'en rende compte.
J'ai trouvé particulièrement honteux certains aspects de la mise en scène et du scénario. Notamment, certains dialogues véhiculent une "prudence scientifique" qui rappelle douloureusement ces stickers que les lobbies créationnistes parviennent à imposer dans les livres de biologies américains. On assiste aussi des effets dignes des pires nanars, comme la scène où une lionne mord son gardien au dessus du poignet, et où le bras complet de ce dernier se décroche au dessous de l'épaule sans que le type ne vacille.
Bref, encore un film dans le quel les américains sont martyrisés, encore un film qui agite le spectre du terrorisme (et donc qui lui donne de la force), et encore un film mou. Enlevez les 5 premières minutes, et vous aurez un film complètement raté.