Cinq raisons d’aller au cinéma

Je vous propose une petite brochette de films variés, avec un polar dans les marais de Louisiane, un film d'animation délirant, un poids lourd de la science fiction, un documentaire sur la vie sexuelle d'une potache, et une histoire de famille japonaise.

Still Walking, photo sous (c) utilisée à titre d'illustrationHirokazu Koreeda est probablement un nom qui ne vous dit pas grand chose. Pourtant vous avez peut être vu ce film superbe : Nobody Knows. Ce film était une claque monumentale.
Hirokazu Koreeda revient avec Still Walking, un film intimiste plein d'amour et de venin. Il y raconte les retrouvailles annuelles d'une famille pour la célébration de la mémoire d'un fils décédé. Ce film sympathique n'a cependant pas la force ni l'impact de Nobody Knows, si bien que les âmes sensibles peuvent aller le voir en toute quiétude.

Toute l'histoire de mes échecs sexuels est un documentaire, assez confus, de Chris Waitt sur sa propre vie sexuelle et sur le fiasco de ses relations amoureuses. On y apprend par le menu comment il a raté chaque relation. C'est drôle et pathétique à la fois. Drôle parce que "ça balance" vraiment. Pour Chris c'est clairement une expérience sadomasochiste au niveau sentimental comme au niveau physique. Pathétique parce que c'est du voyeurisme, du "ciné-réalité" comme on pouvait croire que seule la télé oserait en produire. Ça ne vaut pas une place à 9 euros, mais si vous avez une carte de cinéma illimité ou de tarif réduit, profitez-en.

Grand fan de SF, je ne pouvais pas rater la sortie du Star Trek de J.J. Abrams. Le casting est parfait, le scénario est bien équilibré, et les effets spéciaux sont réussis. Je trouve juste un peu dommage que l'histoire ne soit pas plus palpitante. Mais ce film reste une belle réussite, et il n'est nullement besoin d'être fan de Star Trek pour apprécier.

Uhura, Star Trek, photo sous (c) utilisée à titre d'illustration

Restons dans la SF avec Monstres contres Aliens, la dernière production en images de synthèse des studios DreamWorks. C'est le film familial de la bande. Vous pouvez y traîner vos bambins, si ils sont en age de voir Shrek ou Madagascar, alors ils peuvent voir Monstres contre Aliens. Ne ratez surtout pas le passage où le Président joue du clavier. Au risque de vous gâcher complètement la surprise, vous pouvez toujours aller le voir sur Youtube, mais la qualité est mauvaise, et pris hors contexte c'est beaucoup moins drôle.

Pour clore ce chapitre cinématographique, rien de tel qu'un bon polar. Dans la brume électrique nous entraîne dans les marais de Louisiane, en compagnie d'un Tommy Lee Jones plus hanté que jamais. Le film est servi par un scénario plus compliqué qu'il n'y paraît, et par de très bonnes performances d'acteur. Pour son premier film aux États Unis, Bertrand Tavernier réussit un assez beau coup !

Axis

axis robert charles wilson Axis est la suite du très bon roman Spin, de Robert Charles Wilson. N'ayant pas su attendre la version française, c'est à la version américaine que je me suis attaqué.
Effet inattendu de la version originale, j'ai bien du mal à affirmer mon verdict quant à la qualité de ce roman. Je suis tenté de lui faire des louanges. J'ai aimé, c'est certain, retrouver un petit bout de Spin. J'ai aimé aussi l'histoire, les drames humains qui s'y jouent, ainsi que le style de Wilson. Et l'impression finale en terminant l'ouvrage a été positive. Comprenez par là que j'étais à la limite de devoir faire le deuil de cette lecture agréable. Mais à la limite seulement. Car si je lis l'anglais couramment, c'est loin d'être ma langue de prédilection, et les écueils du vocabulaire sont toujours là pour me rappeler mes limites. Néanmoins, l'anglais de Wilson est parfaitement abordable, et j'ai même été surpris de boucler la lecture en moins de quinze jours (je ne lis pour ainsi dire que dans les transports en commun).

Bref. J'ai aimé ce roman, cette histoire, cette suite, mais je n'y ai pas retrouvé la flamme de Spin, et je soupçonne que cela soit dû, au moins en grande partie, à mon niveau d'anglais.
Espérons simplement que la version française sera dotée d'une couverture digne de celle de Spin, car celle de la version originale est assez immonde.

Du Wilson, du Powers, du Willis

Mysterium Robert Charles WilsonJ'ai découvert Robert Charles Wilson en lisant Spin, et j'avais adoré. J'avais besoin de me changer les idées après le très insuffisant Fiction spécial N° 2 (Les Noëls électriques), toujours pas fini d'ailleurs. J'ai donc balayé les réticences que la quatrième de couverture de Mysterium m'inspirait, et j'ai attaqué la lecture de ce recueil de nouvelles. Le bilan est mitigé. On est balladé entre roman de jeunesse et nouvelle primée, sans pour autant prendre un vrai bon gros plaisir de lecture. Néanmoins, j'ai été agréablement surpris par le traitement de Mysterium. Wilson a su éviter le cliché, même si à mon avis, la fin est mauvaise. Bref c'est distrayant, mais c'est un gros pavé qui ne laisse que peu de souvenirs.

A deux pas du neant Tim PowersAvec À deux pas du néant, Tim Powers livre un roman dans le même genre que Les puissances de l'invisible. J'ai néanmoins l'impression qu'À deux pas du néant est plus léger que ce dernier. Cela dit, les deux lectures sont séparées par presque 5 ans, et je ne saurai faire une comparaison point par point de ce qui m'a plus ou moins plus dans ces deux romans. Simplement, je ne suis pas totalement emballé par À deux pas du néant. Pas totalement satisfait de sa densité, et même si il est agréable à lire, voire très agréable si on est fan de Tim Powers, il ne m'a pas accroché comme a pu le faire Les puissances de l'invisible.

Passage Connie WillisAprès avoir très longtemps hésité, mais acculé par le manque de lecture, j'ai jeté mon dévolu sur Passage, de Connie Willis. Après les deux précédents, je craignais d'être déçu. Ce ne fut pas le cas. Même si il est moins pétillant que Sans parler du chien, et moins désespéré que Le grand livre, voilà enfin un roman que j'ai eu du mal à lâcher. Bien qu'un peu long par moment (plus de 920 pages tout de même), ce pavé est très agréable à lire. Les personnages y sont admirablement croqués, et le thème des expériences de mort iminentes est enfin abordé avec science et raison (ma plus grosse crainte était que ce ne soit pas le cas). Il ne m'est pas possible d'en dire plus sans dévoiler le gros ressort dramatique du roman, donc si 920 pages d'idées sur la mort ne vous font pas peur, c'est à vous de jouer.

Radieux, pas tant que ça

radieuxEn décembre 2006 (déjà !), j'encensais le recueil Axiomatique, de Greg Egan, me régalant même à l'avance de l'imminence d'un second volume. Un an plus tard, les éditions du Bélial nous ont livré ce volume tant attendu. Comme Egan peut parfois être décevant, c'est avec un mélange d'appréhension, d'envie, et de curiosité que j'ai ouvert la boîte de Shrödinger. Et comme la curiosité tue le chat, et bien le petit chat (de Shrödinger) est mort. Radieux est globalement mauvais, à mon goût. Il est en tout cas bien inférieur à Axiomatique. J'ai eu une impression d'enfermement en lisant ces nouvelles, sûrement due au fait que nombre d'entre elles sont datées. Le lecteur est plongé dans une anticipation périmée, transformée par les ans en uchronie rance et involontaire. Même en faisant l'effort de se détacher de ces repères temporels, le lecteur ne peut totalement sauver ces récits. Bref, Radieux ne m'a pas fait rêvé, ne m'a pas donné envie d'y être.
Heureusement, il me reste quelques lectures sous le coude, comme Le complexe du chimpanzé tome 2, Fiction, spécial N° 2 : Les Noëls électriques, L'Ecorcheur, Entrefer, et Les Seigneurs de l'instrumentalité, tome 2 : La Planète Shayol... À suivre !

La Saison de la Coulœuvre

La Saison de la CoulœuvreLa Saison de la Coulœuvre est une bande dessinée hors norme. Déjà, elle est plus grande (et plus chère) que la moyenne, ce qui pourrait poser quelques problèmes à mes étagères si elles n'étaient pas déjà complètement pleines. Ensuite, elle est belle : la couverture est soignée et la mise en couleurs si particulière des planches sert formidablement l'histoire. À mon sens, le seul défaut de l'illustration se situe dans la représentation des visages humains. Tout le reste est parfait. L'édition est soignée et l'histoire très agréable à lire. Hâtez-vous d'acheter ce premier tome. Ça coûte 16,50€ et c'est chez L'Atalante dans la collection Flambant 9. Scénariste Serge Lehman, dessin Jean-Marie Michaud.

Psychotest

Dans la famille des tests stupides en ligne, on trouve de tout, surtout du pire. Jamais rien de pertinent ne sort de ces formulaires bidons, mais certains sont moins nuls que d'autres. À vous de juger, moi j'ai découvert ma vraie nature. Je suis William Gibson. Ça claque.


I am:
William Gibson
The chief instigator of the "cyberpunk" wave of the 1980s, his razzle-dazzle futuristic intrigues were, for a while, the most imitated work in science fiction.

C'est par là : Which science fiction writer are you?

Gaiman, SF, poésie, et bande dessinée

fragile things

Depuis plusieurs mois, j'ai développé un fort intérêt pour la prose de Neil Gaiman, et je me régale de la lire sous les formes les plus variées. Une des forces de Gaiman, c'est qu'il est aussi bon pour les nouvelles que pour les romans. Le recueil Fragile Things regroupe 27 nouvelles très plaisantes, à dévorer en version originale. L'une d'elle reprend même le personnage principal d'American Gods, pour le plus grand plaisir des nostalgiques de mon espèce.
On notera que Neil Gaiman offre en téléchargement libre la version audio de la nouvelle How To Talk To Girls At Parties. J'avais eu l'occasion d'écouter une partie de cette nouvelle avant même d'acheter le livre, et quand j'ai enfin pu attaquer la lecture de Fragile Things, j'étais imprégné de l'accent anglais de l'auteur. Ainsi, au fil de ma lecture, j'entendais dans ma tête Neil Gaiman me lire chaque nouvelle. L'effet est sensationnel.

Dans la série "je vais lire tout ce qu'a fait Neil Gaiman", j'ai profité du début du mois de septembre pour lire De bons présages. J'étais un peu réticent à l'idée de lire un bouquin auquel a participé Terry Pratchett, car j'avais juré de bannir ce dernier de ma bibliothèque après avoir enduré le Grand Livre des Gnomes. Finalement, De bons présages est une réussite, et le style de Gaiman n'est pas dilué par la coopération des deux auteurs. L'humour est présent quasiment en permanence, et ceux qui ont rit avec Neverwhere ne doivent rater De bons présages sous aucun prétexte.
Pour finir avec Gaiman, j'ai commencé la lecture de Anansi Boys en version originale, et ça s'annonce très bien.

Les Seigneurs de l'InstrumentalitéDans un tout autre genre, j'ai fait une découverte des plus surprenantes au rayon SF : Les Seigneurs de l'Instrumentalité, de Cordwainer Smith (rassurez vous, c'est un pseudonyme). Ce bouquin de SF est un OVNI. Tour à tour déroutant, fascinant, intrigant, cet ouvrage multiplie les défis pour le lecteur. On croit en premier lieu acheter un premier tome d'une saga, et on se retrouve avec une sorte de puzzle de 17 nouvelles en apparence hétéroclites. Au fil de la lecture, on découvre un lien entre les nouvelles et une grande toile se tisse progressivement devant nos yeux incrédules. Franchement sceptique au début, déboussolé par la suite, et satisfait finalement, je pense pouvoir dire que j'ai eu à peu prêt toutes les opinions possibles à propos de ce premier tome des Seigneurs de l'Instrumentalité. Alors ouvrez votre esprit et laissez vous emporter par Smith, ça en vaut la peine.

Vieux souvenir de bachelier, la poésie de Francis Ponge a toujours gardé une place particulière dans mon référentiel littéraire. Non que je sois un fan inconditionnel, certaines de ses pièces sont pour moi tout à fait indigestes et j'en connais finalement très peu. J'ai simplement trouvé très à mon goût Le Pain (extrait du recueil Le Parti-pris des Choses) qu'on m'a proposé comme sujet de commentaire composé au bac de français.
Mais le Francis Ponge que j'aime à me rappeler, c'est surtout celui de l'Adolescente (extrait du recueil Pièces) :

On jouit à la gorge des femmes de la rondeur et fermeté d'un fruit ; plus bas, de la saveur et jutosité du même.

Cette citation à elle seule synthétise une bonne partie de l'œuvre de Ponge. La chair, qu'il évoque dans sa dimension érotique et plus encore dans celle de la nourriture, est au centre de ses préoccupations poétiques.

Pour terminer ce post déjà bien trop long, une petite recommandation de bande dessinée : L'éveil de la Bête, premier tome de la série Hel chez Delcourt est assez prometteur. J'ai apprécié l'image autant que le début du scénario. Le seul défaut c'est que maintenant il faut attendre la suite.

Sans parler du chien

sans parler du chien - couverture La science fiction qui s'intéresse au voyage temporel s'aventure toujours sur un terrain glissant, les lecteurs de SF étant bien moins prompts à pardonner les erreurs et les incohérences que, disons, les lecteurs des romans de Dan Brown. Néanmoins, Connie Willis s'en tire brillamment avec deux prix Hugo pour deux romans basés sur le voyage dans le temps. Dans Le Grand Livre et Sans parler du chien, Willis nous raconte les aventures d'historiens anglais du Collège Balliol (Université d'Oxford) dans les années 2050. Et, bien que ces deux romans soient tout à fait indépendants l'un de l'autre, il est intéressant de les lire dans l'ordre pré-cité (qui est l'ordre de leur parution en version originale).

Le Grand Livre met en scène le transfert d'une étudiante en histoire au XIVème siècle dans la proche banlieue d'Oxford, au début de l'épidémie de peste noire qui ravagea l'Europe. Difficile de trouver de quoi sourire dans ce roman à la fois sombre et désespéré, où l'héroïne se démène pour alléger les souffrances de ses proches et tenter de regagner son époque. Ce roman est si sombre que finalement le dénouement est ressenti comme un happy end à l'américaine, alors que ce n'est pas vraiment le cas. Les lecteurs uniquement francophones passerons à coté de l'allusion du titre original, Doomsday Book, dont le sens premier est explicité dans le roman, mais qui fait aussi référence au Jugement Dernier. Cela prend toute sa signification dans le récit.

Sans parler du chien est quant à lui bien plus léger. Comme l'expliquent les nombreuses critiques sur Noosfere, il contient des centaines de références à la littérature victorienne. Quoi qu'il en soit, on peut tout à fait se délecter de ce roman sans avoir jamais rien lu d'antérieur à 1920. Et c'est ça qui compte. Les personnages sont bringuebalés avec beaucoup d'humour et d'ironie de kermesse en séances de spiritisme et de bombardements en balades en canot tout en essayant de préserver le continuum contre les paradoxes temporels. Les dialogues décalés, les personnages déphasés par leurs sauts dans le temps, les jeunes filles romantiques et écervelées, le goût de l'ère victorienne pour la décoration surchargée, tout est prétexte à l'humour et à la critique. C'est un roman bien plus complexe que Le Grand Livre, plus drôle, et certainement plus abouti. Même si les deux sont très bons, Sans parler du chien est résolument le meilleur des deux.